Selfie avec des vaches, multiplication des drones... Ce «tourisme» dont la montagne ne veut plus

Il y a 2 semaines 40

Échaudés par l'afflux de touristes et les incivilités de l'été 2020, les professionnels de montagne ont mêlé prévention et mesures plus radicales pour prévenir les dérives. Avec succès.

Bivouacs sauvages et barbecues, déchets, parkings sauvages… Le bilan de l'été 2020 fut souvent rude dans les espaces naturels de montagne, confrontés à un afflux de touristes déconfinés. Les parcs nationaux et régionaux d'altitude ont en effet accueilli un surplus de 10 à 30 % de visiteurs, peu familiers de la montagne et de ses usages, et conduisant à saturation les sites les plus emblématiques.

Après une nouvelle année rythmée par les restrictions, et alors que la possibilité de voyager à l'étranger restait incertaine, les professionnels anticipaient pour cet été 2021 un nouveau raz-de-marée français dans nos massifs, accompagné d'une hausse des incivilités.

À lire aussiFréquentation «satisfaisante» cet été pour les stations de montagne

« On s'attendait à vivre le même été qu'en 2020, expose Mathieu Rocheblave, responsable du service tourisme du Parc Naturel Régional du Vercors, entre Isère et Drôme. Cet hiver, on s'est dit : que peut-on faire à moyens constants pour améliorer les choses ? ». Première mesure prise pour ce massif préalpin : ne plus communiquer sur les sites déjà très fréquentés, comme le plateau de la Molière et son belvédère époustouflant, grâce à une concertation avec les offices de tourisme locaux.

VOIR AUSSI – Tourisme: record de vacanciers dans les Pyrénées, de nombreuses nuisances à gérer pour les autorités

«Restez sur les sentiers»

Stratégie similaire dans le Mercantour (Alpes du Sud), où les acteurs locaux ont mis l'accent sur les lieux moins connus... et le hors-saison: « Les structures communales du tourisme, qui avaient jusque-là une logique de chiffre, ont été de notre côté et ont compris qu'il fallait préserver certains sites, faire du tourisme responsable », se félicite Aline Comeau, directrice du Parc national.

À lire aussiCalanques, gorges de l'Ardèche... Ces coins de France l'été (et nos alternatives)

Pour toucher ceux « qui n'ont pas les codes pour se comporter en montagne », le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes a, lui, mis l'accent sur la sensibilisation, en tentant de rester ludique : la nouvelle campagne « Que la montagne est belle », a été déclinée en douze messages essentiels, de « restez sur les sentiers » jusqu'à «face au patou, reste calme », le tout mis en forme avec des paroles de chansons célèbres et des visuels néo-rétro, et relayé massivement sur les routes nationales, réseaux sociaux et radios.

Au lac d'Allos, 30% des places de parking supprimées

Le lac d'Allos, devenu l'un des sites les plus fréquentés du Mercantour, dans les Alpes du Sud. Noradoa / stock.adobe.com

Mais une communication adaptée ne suffit pas, notamment, face aux réseaux sociaux qui dirigent en masse le public vers les mêmes lieux. Plusieurs territoires de montagne ont donc pris des décisions drastiques pour régler le problème de la surfréquentation à la source. La commune d'Allos, dans les Alpes-de-Haute-Provence, a été le théâtre d'une expérimentation réussie. « Le lac d'Allos est peut-être le site le plus fréquenté du Mercantour, et l'année dernière, c'était l'enfer : 70 tentes autour du lac, des feux de camp, de la musique…, se souvient la directrice du Parc national. Alors cet été, la commune a renforcé avec succès les conditions d'accès au lac, en baissant la capacité du parking de 30% ». 2022 verra peut-être la mise en place d'un système de navettes, comme cela se pratique déjà sur certains sites du Vercors et du Queyras.

À lire aussiLes parcs nationaux tentent de limiter l’afflux de drones

La réponse des territoires de montagne à la hausse de la fréquentation n'est toutefois pas seulement passée par les restrictions. Sur le terrain, la pédagogie a aussi été de mise pour prévenir les incivilités. Dans le Parc national des Pyrénées, on a choisi d'aller directement au contact du public à l'entrée des lieux les plus fréquentés, comme le cirque de Gavarnie ou le Pont d'Espagne. «Un van avec des agents du parc a sillonné les parkings pour sensibiliser à la préservation de la biodiversité, expliquer les règles comme l'impossibilité de faire voler son drone , ou préconiser d'éviter les selfies avec les vaches, relate Marie Hervieu, chef du service valorisation des patrimoines. Un sac pour les déchets et un cendrier étaient également remis à cette occasion ».

À lire aussiQuotas, taxes, interdictions... Les mesures de 12 destinations contre le surtourisme

Ne pas baisser la garde

Le dialogue était en tout cas de mise avec les contrevenants. « Les incivilités surviennent souvent par méconnaissance ou par ignorance, diagnostique Mathieu Rocheblave, dans le Vercors. Il y a aujourd'hui une forme de retour à la nature, c'est bien, mais cela demande de l'accompagnement ». Une position appuyée par Samuel Cado, directeur adjoint du Parc national de la Vanoise : « Pour le drone par exemple, les gens ignorent souvent que c'est interdit en cœur de parc. Il faut le leur expliquer, et il est alors assez rare qu'ils persévèrent jusqu'à la verbalisation ».

S'il est encore tôt pour dresser le bilan définitif de l'été, les professionnels s'accordent pour dire que les mois de juillet et août 2021 ont vu une baisse des dérives et l'émergence d'un public plus respectueux de la montagne. Dans les Pyrénées Catalanes, Teddy Maignan ne baisse surtout pas la garde. « Il y a encore beaucoup de travail, les effets de nos actions vont mettre du temps à se voir ».

Lire la Suite de l'Article