SpaceX envoie quatre passagers dans l'espace : tout ce qu'il faut savoir sur le tourisme spatial

Il y a 1 semaine 45

Vous vous rêvez Thomas Pesquet ? Cela tombe bien : ce mercredi 15 septembre, Elon Musk envoie dans l'espace des civils à bord de sa capsule Crew Dragon.

Après Richard Branson le 11 juillet 2021 et Jeff Bezos quelques jours plus tard, c'est au tour d'Elon Musk d'entamer sa première mission de tourisme spatial. Ce mercredi 15 septembre, le fondateur de SpaceX va envoyer dans l'espace quatre passagers civils à bord de sa capsule Crew Dragon. Baptisée Inspiration4, elle est la première de l'Histoire à n'envoyer en orbite que des novices, sans aucun astronaute professionnel à bord.

Le décollage doit avoir lieu à partir de 20H02 (00H02 GMT jeudi), avec une fenêtre de lancement de cinq heures et pour le moment une météo favorable. La fusée Falcon 9, portant à son sommet la capsule Dragon, sera propulsée depuis la mythique aire de lancement 39A du Kennedy Center de la Nasa, en Floride, d'où décolla notamment la mission Apollo 11 pour la Lune.

Les quatre Américains à bord doivent voyager plus loin que la Station spatiale internationale (ISS), à une orbite visée de 575 km. Ils feront chaque jour environ 15 fois le tour du globe. Au terme de leur périple, ils entameront une vertigineuse descente pour amerrir au large de la Floride, freinés par d'immenses parachutes.

De quoi donner à certains l'envie de s'envoler à leur tour vers l'espace... Longtemps objets de fantasmes, jusqu'à présent réservés aux scientifiques, les voyages spatiaux pourraient enfin s'ouvrir aux touristes d'ici à la fin de l'année. Plutôt que la planète rouge ou la Lune, l'orbite terrestre apparaît comme un horizon plus accessible. Voler autour de la Terre à des fins touristiques, quelques privilégiés l'ont même déjà fait. De 2001 à 2009, l'entreprise Space Adventures a envoyé huit «touristes spatiaux» dans l'ISS. Le premier d'entre eux, Dennis Tito, déboursa 20 millions d'euros pour y passer une semaine.

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Introspection, défi personnel, assouvissement d'une passion pour l'astronomie... Les raisons d'approcher les étoiles sont multiples et certains milliardaires sont prêts à y mettre le prix. «On peut faire le rapprochement avec les explorateurs qui, il y a encore un siècle, s'aventuraient dans des régions du monde pas encore cartographiées, ou avec les voyageurs d'aujourd'hui qui veulent repousser leurs limites», explique au Figaro Olivier Sanguy, rédacteur en chef des actualités du site de la Cité de l'espace de Toulouse.

«Le voyage spatial ne peut se résumer à un simple loisir pour milliardaires, poursuit-il. Il s'accompagne généralement d'une quête (scientifique, philanthropique) et de la recherche de l'overview effect, une prise de conscience soudaine que subissent les astronautes à la vue de notre planète».

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À quelle altitude entre-t-on dans l'espace ?

La frontière entre la Terre et l'espace est délimitée par la ligne de Kármán, fixée à 100 km d'altitude. Cette limite, définie dans les années 1950 avant la conquête spatiale, est reconnue par la Fédération aéronautique internationale (FAI). «La ligne de Kármán est une limite arbitraire. Voler à 100 ou à 80 km ne change rien pour les passagers d'un vaisseau», nuance Xavier Tytelman, expert en aéronautique. Dans les deux cas, «ils voient la rotondité de la Terre, un ciel sombre en plein jour et subissent plusieurs minutes d'apesanteur», poursuit Olivier Sanguy, qui admet que cette limite fait débat dans le monde scientifique. «L'armée américaine, par exemple, place cette limite à 80 km.»

Cette «frontière» crée ainsi deux catégories de vols : les suborbitaux (en dessous de 100 km) et les orbitaux (au-delà de 100 km). Les vols suborbitaux sont comme «projetés» vers l'espace avant d'atteindre leur apogée et de retomber vers la Terre sous l'effet de la gravité. Ces vols ultrarapides (entre 15 et 30 minutes) seront assurés par Virgin Galactic et Blue Origin et comportent une phase d'apesanteur de quelques minutes. Les vols orbitaux, eux, impliquent une mise en orbite du vaisseau et au moins un tour de la Terre. Ils seront organisés notamment par SpaceX et Axiom Space qui prévoient d'ores et déjà des expéditions de plusieurs jours.

Quels sont les projets en cours ?

SpaceX : plusieurs jours autour de la Terre

L'entreprise d'Elon Musk assure déjà des vols habités pour le compte de la Nasa (ici la capsule Dragon devant l'ISS). SpaceX

Emmener les voyageurs au-delà de l'ISS, à plus de 400 km d'altitude. C'est le pari fou que s'est lancé Elon Musk, fondateur de SpaceX et de Tesla. Son projet doit se concrétiser à la fin de l'année 2021 avec la mission baptisée Inspiration4. D'une durée de plusieurs jours, elle sera réalisée par la fusée réutilisable Falcon 9 et la capsule Dragon. Jared Isaacman, fondateur et patron de l'entreprise Shift4 Payments et pilote expérimenté, sera à bord, et fera don des trois sièges restants à des individus américains «issus du grand public».

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Blue Origin : aux frontières de la Terre et de l'espace

Le mannequin Skywalker a volé à bord de la capsule d'équipage New Shepard lors du dernier essai le 14 janvier 2021. Blue Origin

«Nous sommes très proches de pouvoir faire voler des humains dans l'espace», déclarait début janvier Jeff Bezos. Quelques mois plus tard, le 20 juillet, le fondateur de Blue Origin et d'Amazon accomplissait ce rêve en s'envolant avec trois autres passagers. À bord du New Shepart, les quatre astronautes ont passé quelques minutes à 107 km d'altitude, au-delà de la limite entre la Terre et l'espace (100 km). Blue Origin prévoit deux autres lancements cette année avant de débuter des vols commerciaux réguliers en 2022. Un premier billet a été vendu aux enchères en juillet dernier au prix de 28 millions d'euros (23 millions d'euros).

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Virgin Galactic : quelques minutes d'apesanteur

Quelques semaines après un premier vol réussi, en juillet 2021, Virgin Galactic a remis en vente des billets pour l'espace à partir de 450.000 € le siège. VIRGIN GALACTIC/via REUTERS

Comme son concurrent Blue Origin, Virgin Galactic va se concentrer sur les vols suborbitaux. La société, fondée en 2004 par le britannique Richard Branson, promet de faire vivre à ses clients quelques minutes d'apesanteur à l'apogée de la trajectoire (90 km d'altitude) grâce au SpaceShipTwo, un vaisseau mi-avion, mi-fusée. Les touristes prendront place dans des vaisseaux de huit sièges (dont deux pour les pilotes). Chaque place disposera d'un hublot et d'une caméra afin que le passager puisse être pris en photo avec la Terre en arrière-plan.

Quelques semaines après son premier vol réussi, le 11 juillet dernier, dans lequel a pris place Richard Branson lui-même, Virgin Galactic a remis en vente des billets avec un prix de départ de 450.000 dollars (380.000 euros). Ils seront vendus en priorité aux 8000 personnes inscrites sur liste d'attente, dont font partie des personnalités comme Tom Hanks et Katy Perry. Entre 2005 et 2014, l'entreprise avait vendu 600 premiers billets entre 200.000 et 250.000 dollars. Virgin Galactic espère lancer son premier vol commercial «à la fin du troisième trimestre 2022».

Axiom Space : un hôtel à bord de l'ISS

Connecté à l'ISS, le module d'Axiom Space disposera d'un hôtel designé par le Français Philippe Starck. Axiom Space

Lancée en 2016 par un ancien de la Nasa, Axiom Space a été missionnée par l'Agence spatiale américaine pour greffer un nouveau module à l'ISS. La société vient de présenter le premier équipage qui sera envoyé sur l'ISS début 2022 lors de la mission AX-1. Les trois «touristes spatiaux» passeront une semaine dans l'espace, à 400 km au-dessus de la Terre, encadrés par les astronautes professionnels installés à l'année dans l'ISS. Un séjour pour lequel ils ont chacun déboursé 55 millions d'euros, auxquels il faut ajouter 35.000 dollars par jour pour accéder aux équipements de l'ISS (sanitaires, électricité, air...).

«Avec ce projet, l'ISS sera à la fois un lieu public et privé : public avec la présence de cinq agences spatiales, et privé avec le module d'Axiom Space destiné notamment à un usage touristique», détaille Olivier Sanguy. Le futur module disposera d'un hôtel de huit couchettes individuelles dessiné par le Français Philippe Starck et co-construit par Thalès. Les locataires bénéficieront de Wi-Fi, d'écrans vidéos et, bien sûr, d'une vue exceptionnelle -et imprenable- sur la Terre.

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Zephalto : un ballon dans la stratosphère

Le ballon Céleste de Zephalto doit emmener ses premiers passagers dans la stratosphère en 2024. Zephalto

Un ballon capable d'emmener de deux à six personnes dans la stratosphère, jusqu'à 25 km d'altitude. C'est le projet développé par l'entreprise française Zephalto, installée dans l'Hérault. «À cette altitude, nous ne sommes pas dans l'espace scientifiquement parlant, mais on peut voir la courbure de la Terre et profiter ciel obscur et étoilé», précise au Figaro Vincent Farret d'Astiès, ingénieur aéronautique et fondateur de Zephalto.

Pour s'élever dans les airs, pas besoin de propulsion comme dans une fusée. Le ballon utilise pour cela un régulateur d'altitude, alimenté uniquement par énergie solaire, qui assure un décollage doux semblable à celui d'une montgolfière. Les clients seront libres de choisir l'itinéraire, l'altitude et la durée du vol (de quelques heures à plusieurs jours). La start-up, qui a accompli son premier vol d'essai en août 2021, espère emmener ses premiers clients en 2024.

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Combien coûtera un billet pour l'espace ?

Pour s'offrir quelques moments dans le cosmos, il faut s'attendre à débourser une somme... astronomique. Si la start-up française Zephalto planche sur des vols suborbitaux à «quelques dizaines de milliers d'euros», le ticket d'entrée peut s'élever jusqu'à 35 millions de dollars chez SpaceX, voire 55 millions de dollars pour une semaine dans l'ISS avec Axiom Space. Chez Blue Origin, le premier billet a été vendu aux enchères au prix de 28 millions de dollars. Virgin Galactic, après avoir vendu 600 premiers billets à 250.000 dollars entre 2005 et 2014, a rouvert ses ventes début août avec un prix de départ de 450.000 dollars par siège.

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Voyager dans l'espace, est-ce risqué et faut-il se préparer physiquement ?

Passer le test de la centrifugeuse sera-t-il un prérequis pour s'envoler vers l'espace ? Contrairement aux astronautes qui s'entraînent pendant plusieurs années pour leurs missions, les touristes de l'espace n'auront pas à subir de préparation physique poussée, «du moins pour les vols suborbitaux» qui ne présentent pas plus de risques que des vols en avion, estime Olivier Sanguy. Les différentes entreprises de tourisme spatial ont prévu des examens médicaux pour s'assurer que le voyage ne présente aucun danger. «Il suffit d'avoir une bonne condition physique et ne pas avoir de contre-indications comme des maladies cardiovasculaires, des calculs rénaux ou des problèmes de dos», ajoute-t-il.

Nastar Center, une entreprise privée partenaire d'acteurs majeurs du secteur, propose un programme de formation de seulement deux jours -mais facturée tout de même entre 4000 et 10.000 dollars. Il comprend une matinée de cours théoriques et plusieurs simulations dans une centrifugeuse humaine. Un bras de près de 8 mètres de long en rotation rapide reproduit la force g correspondant au vaisseau dans lequel le client volera. Quelques jours suffisent, car les clients «ne sont que des passagers» et n'ont pas grand-chose à faire à part «se détendre» et «admirer la vue», souligne auprès de l'AFP Glenn King, le PDG de l'entreprise.

Pour les vols orbitaux, plus lointains, plus longs et donc plus à risques, il faut s'attendre à une préparation plus complète. «L'équipage [...] passera par une formation à la préparation aux situations d'urgence, des exercices d'entrée et de sortie de combinaisons spatiales et d'engins spatiaux, ainsi que des simulations de mission partielles et complètes», précise par exemple le site de SpaceX.

Selon Olivier Sanguy, la préparation sera surtout d'ordre psychologique : «Il s'agira de rassurer les passagers, d'expliquer le déroulé du voyage dans les moindres détails. La préparation doit aussi permettre aux passagers de faire connaissance avant le décollage pour faciliter la cohabitation.» Un point qui a son importance quand il s'agit de partager quelques mètres carrés, confinés dans le vide de l'espace.

Est-ce une aberration écologique ?

Dans une tribune publiée en septembre sur le site The Conversation et intitulée «Quand les plaisirs de quelques-uns polluent la planète de tous», trois chercheurs s’alarment de l’impact environnemental du tourisme spatial. Les excursions «consomment matière et énergie, et ont des conséquences environnementales qui augmenteraient considérablement si ce tourisme spatial devait faire l’objet d’un commerce plus large», observent-ils, avant d'évaluer l'empreinte carbone des différents projets.

Ainsi, le vol complet d'un Falcon 9 (le lanceur de SpaceX) avec récupération de la capsule habitée «émettra 1150 tonnes de CO², l'équivalent de 638 ans d'émission d'une voiture moyenne parcourant 15.000 km par an». Quelques minutes d'apesanteur à bord du SpaceShip Two représentent «plus de deux fois l'émission individuelle annuelle («budget CO²») permettant, selon le GIEC, de respecter l'objectif du +2 °C de l'Accord de Paris

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«On parle de quelques vols touristiques par an à travers le monde. Rapporté au nombre de voyageurs, forcément très limité compte tenu du prix, l'impact carbone est insignifiant», nuance Olivier Sanguy. Et de rappeler que les appareils (lanceurs, capsules...) sont de plus en plus conçus pour être réutilisables et donc utiliser moins de matériaux. «Aujourd’hui, l'industrie aérospatiale utilise principalement de l’hydrogène liquide, neutre en carbone, ou du methalox, beaucoup plus propre que le kérosène des avions», rappelle l'expert en aéronautique Xavier Tytelman. Autrement dit, ce qui se dégage des moteurs n'est autre que de la vapeur d'eau.

Paradoxalement, le voyage spatial serait la meilleure manière d'éveiller ou renforcer les consciences écologiques. On en revient à l’overview effect, ce sentiment qui touche tous ceux qui sont allés dans l'espace. Selon Olivier Sanguy, «voir la beauté de notre planète depuis le vide de l’espace, c’est se rendre compte, mieux que quiconque, de sa fragilité».

* Cet article, initialement publié le 18 février 2021, a fait l'objet d'une mise à jour.

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