Air France supprime la Navette Orly-Montpellier : est-ce la fin du trafic «affaires» ?

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ANALYSE - À partir du 8 novembre, Air France met fin à sa liaison Orly-Montpellier au profit de sa filiale Transavia, avec, comme conséquence, une diminution drastique de la fréquence des vols quotidiens. Une mauvaise nouvelle pour les passagers affaires, en grand nombre sur cette ligne.

Dans un communiqué triomphaliste, Transavia annonçait cet été l'ouverture dès le 8 novembre de la ligne Montpellier - Paris-Orly, avec «jusqu'à quatre vols par jour». Une bonne nouvelle, en apparence. En apparence seulement, car l'annonce omettait de dire que s'arrêtait le même jour la navette Air France. Laquelle opérait jusqu'à dix vols par jour sur cette même liaison et transportait 500.000 passagers par an. On revoit ainsi à Montpellier exactement ce à quoi on assistait à Biarritz il y a quelques mois : le transfert de cette ligne vers Paris-Orly à Transavia, assorti d'une baisse drastique du nombre de fréquences quotidiennes.

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Pouvait-il en être autrement ? Transavia dispose à Montpellier de Boeing 737 de 149 places, quand Air France peut, selon la demande, employer des avions de 100 à 212 places. Si Biarritz est une destination essentiellement loisirs, Montpellier en revanche a été élevée il y a 5 ans au rang de « navette » comme Nice et Toulouse, en raison de son important trafic affaires. À cette occasion, Air France avait exigé de l'aéroport de Montpellier un certain nombre d'aménagements, comme une file rapide pour les contrôles de sécurité - la « Sky priority » - un salon et un guichet prioritaire pour ses passagers fréquents, comme il est d'usage avec les compagnies adhérentes à Skyteam. Ce parcours au sol rapide avait permis d'augmenter le nombre de passagers de 20%. Mais, avec Transavia, finies les files rapides, fini l'enregistrement prioritaire, fini le salon... Avec trois vols par jour, Transavia se consacrera donc exclusivement au trafic loisirs, délaissant une clientèle affaires pourtant la plus rémunératrice, au profit du TGV, qui, lui, peut aligner jusqu'à dix fréquences quotidiennes.

Problème de compatibilité

Situé à proximité immédiate des portes d'embarquement 16 et 17 dédiées aux vols Air France, et du patio fumeur, le Salon by Promeo de l'aéroport de Montpellier. Aéroport de Montpellier / DR

Dans le même temps, Air France continuera d'assurer la liaison entre Montpellier et Paris-Charles de Gaulle, au rythme de quatre ou cinq liaisons quotidiennes. Si l'on ajoute les vols de Transavia à Orly à ceux d'Air France à Charles de Gaulle, l'offre pourrait être très correcte pour les passagers « affaires ». Mais il y a un bémol de taille : les billets de l'une et de l'autre compagnie ne peuvent être combinés. Ainsi, si vous partez d'Orly vers Montpellier avec Transavia et que vous revenez à Charles de Gaulle avec Air France, votre voyage sera considéré comme deux allers simples. Or, les billets les plus intéressants avec Air France sont toujours des allers-retours...

De même, les abonnés ou les statuts Gold ou Platinum sur Air France auront le droit, à l'aller au départ de Charles de Gaulle, au Sky Priority, au salon et au choix du siège gratuit, mais pas pour le trajet retour vers Orly. Autre écueil, si la taille du bagage cabine a bien été uniformisée entre les deux compagnies, les limites de poids diffèrent toujours : 10 kg chez Transavia contre 12 kg chez Air France en cabine, et 20 kilos pour Transavia contre 23 kilos pour Air France en soute. Enfin, les cartes de réduction Abonné, Week-end, Senior ou Jeune, ne sont évidemment pas acceptées sur Transavia.

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De telles dissonances entre deux compagnies appartenant au même groupe ne sont plus de mise de nos jours. Si l'on regarde du côté des trains, la SNCF a, par exemple, mis en place un groupe de travail qui étudiera, à partir de l'année prochaine, les façons de rendre compatibles les billets Ouigo et TGV. Cela est d'autant plus absurde que Transavia est la seule compagnie à offrir des miles et des XP à ses usagers, sans pour autant leur reconnaître les statuts Flying Blue de l'alliance Skyteam.

Cela marque aussi la fin progressive des correspondances à Orly vers les DOM TOM, New York et les autres villes en régions. Transavia, comme toute compagnie low cost, n'assure pas les correspondances. Ni entre ses vols ni avec ceux d'Air France. Par exemple, un passager qui ferait un Toulon-Brest via Orly avec deux vols Transavia sera obligé de se débrouiller lui-même, de réenregistrer ses bagages et de refaire le parcours de sûreté. Même chose pour un passager partant de Biarritz pour un vol vers les Antilles ou La Réunion avec un premier vol Transavia suivi d'un vol long-courrier sur Air France. Vous avez dit compliqué ?

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